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 so give me a reason || Gaby

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Noah J. Evans
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MessageSujet: so give me a reason || Gaby   Sam 23 Nov - 15:15



You can't break my spirit - it's my dreams you take.

Et parfois tu tombes.
Le paysage défile devant ton pauvre visage dénué de toute expression comme si le temps avait décidé de figer toute trace de son passage. Tu ne sais pas quand viendras la fin, tu ne te souviens même pas du moment où tu t’es lancé dans cette chute infinie. Tu essayes de t’agripper de toutes tes forces, grâce à ces petits muscles dont ton corps est doté mais qui ne te servent pas à autre chose qu’à écrire, mais tu glisses à chaque prise. Tout se mélange, tout s’embrouille, tu ne sais où aller. Tu ne sais que faire. Au fond de tout, cette musique qui résonne comme un écho, toujours aussi faible, aussi répétitive que les gouttes de pluie,  cette musique que tu aimerais entendre ais dont seul le murmure te parvient. Cette étrange sensation que rien n’est réel t’as déjà envahi depuis longtemps pourtant tu sembles croire que tout est vrai. Oui gamin, tu tombes vraiment.
Et il y a cette présence au fond de ton cœur, pas seulement de la peur, non cette présence qui t’épie sans arrêt, qui ne cesse de te juger, qui ne peut s’arrêter de te donner des ordres, qui ne peut exister sans toi. Elle tombe avec toi sans que tu ne l’aies demandé car jamais tu n’aurais emmené de ton plein gré quelqu’un dans une chute aussi longue. Pourtant elle est là. Ce n’est pas un rêve gamin, ce n’est pas ton imaginaire. N’est-ce pas ? As-tu la réponse, toi qui as toujours eu la réponse à tout, ignorerais-tu quelque chose te concernant ? Inimaginable. Pourtant…

Tes paupières s’ouvrent doucement, ton esprit demeure encore quelque part dans ce monde onirique dont tu émerges à peine. Une mince gouttelette de sueur coule lentement sur ta tempe avant de venir se glisser dans le coin de ton œil se mêler aux autres sécrétions liquidienne de ton globe oculaire. Des fourmis ont envahis ta cheville droite et tu as beau la bouger, rien ne les fait partir. Une grimace s’arrache sur ton visage jusqu’alors inexpressif et tu te dis que tu aurais dû dormir la nuit passée. Mais non, tu as préféré lire, encore et encore. Puis tu as regardé ces photos. Tu as regardé ces vidéos que tu as sur toi, tes souvenirs d’autrefois. Le sommeil t’a pris brutalement mais le bip stressant du réveil t’as ramené au jour si peu de temps après. Alors te voilà avachi sur ton livre de sciences physique, la joue marquée par l’empreinte de la page sur laquelle ta tête reposait.
Tu refermes les paupières.
Quel rêve étrange. Pourquoi cette voix, pourquoi cette chute sans fin, pourquoi, encore et toujours. Que des questions, jamais de réponses. Tu aurais envie de crier contre ton subconscient, de lui dire ses quatre vérités, de lui demander la signification de tout ça. La musique, la pluie, la voix. Mystérieuse, douce et nonobstant si particulière, avec cette intonation et ce truc familier. Et bien sûr, cette présence inquisitrice qui n’est pas que le fruit de ton imagination.

« Noah… Noah, la bibliothèque ferme à 19h le jeudi… »

Tu redresse la tête, la vision floutée et aperçois dans le vague pourtant à quelques centimètres de toi le visage de la bibliothécaire. Ses yeux noisette te scrutent avec attention et tu réagis d’un coup. Déjà cette heure ? Tu te lèves, sens le malaise monter, te rassoit aussi brusquement que tu t’es levé. Elle te sourit et tu observes ses yeux couleur noisette dont la sagesse n’est plus à prouver. Avec ses cheveux bouclés aux teintes virant sur le gris poivre et sel, ses fossettes marquées et ses rides à l’extrémité des yeux, elle te parait soudain totalement réelle et tu te sens bien mieux. Elle a ce don de t’apaiser et tu l’en remercies. Tu la vois s’éloigner de toi, sans bouger, immobile sur ta chaise en bois qui semble encore trembler de ton rêve. Ce n’est rien, tu dois te concentrer sur tes devoirs, tu dois être le premier, tu dois réussir et oublier les autres.
Tes affaires rapidement envoyées au fond de ton sac, tu replaces avec minutie les livres dans les rayons, tu fais bien attention à jeter tes brouillons dans la poubelle à cet effet. Oui, tout est sous contrôle, tu sais quoi faire. Tu sais toujours quoi faire, et même quand tu l’ignore tu veux montrer que tu sais. Ta montre indique 18h58.
Bordel, t’es en retard. Oui, toi, Sir Evans, en retard. C’est douloureux de ne pas respecter ses propres règles.
Tu voudrais courir pour rattraper ces quelques minutes qu’il te manque, mais tes jambes refusent d’obéir. C’est comme si une part de toi ne voulait plus avancer et te faisait comprendre que quoi que tu fasses, rien ne pourrait rattraper tout ça. Ce n’était pas seulement quelques minutes. C’étaient des années. Alors tu t’arrêtes au milieu du couloir et tu observes le silence. Tu écoutes l’absence d’autrui. Par la fenêtre tu peux voir les flocons tomber. C’est comme si l’hiver n’était jamais parti. Le temps passe tellement vite qu’on ne fait qu’avancer et que lorsque l’on voudrait l’arrêter, on se rend compte qu’on est déjà bien loin de la dernière pause.

Une soudaine envie te prend, celle de sentir ces petits cristaux immaculés sur ton visage. Peut-être qu’il fait froid, mais rien ne te dérange. Tu étais d’autant plus persuadé, plus les minutes s’écoulaient, que ton rendez-vous ne viendrait pas non plus. Et là, tu te mets à courir comme si ta vie en dépendait, comme si aller plus vite pourrait résoudre tes problèmes. Tu montes les escaliers deux à deux en essayant de t'essouffler le moins possible. Tu croises quelques étudiants au détour des couloirs, des profs près des radiateurs discutant entre eux de leur journée. Tu vois ces couples se retrouver le soir et tu ralentis l'allure. Ils te rappelaient tes parents, ils te montraient ce que tu aurais pu avoir toi-même au cours des derniers mois. Puis tu reprends un rythme rapide car tu ne veux plus les voir. Ils sont tous pareils, de sales copies dénués d'originalité.
Tu traverses le réfectoire encore peu fréquenté, te faufiles dans ta chambre et tu prends quelques instants pour ranger tes livres et tes cahiers. Il faut toujours être pointilleux dans la vie, tu ne cesses de le répéter. Écharpe, bonnet, manteau, appareil photo, ok.

La porte d'accès au toit s'ouvre dans un grincement familier et un coup de vent glacial te refroidis directement. C'est agréable de sentir encore des sensations sur ses joues, c'est apaisant de se savoir vivant. Tes poumons se remplissent d'air pur, détoxifié de tout poison humain. Une fine pellicule blanche recouvre le sol dénuée de toute trace de pas. Tu n'oses marcher dessus de peur de l'abîmer et de ne plus jamais retrouver cet état simple.
Ce monde qui t'entoure soudainement, c'est ça, c'est ton univers. La nuit, le vent, la solitude, tout ce qui peut te rattacher à ton enfance. Des petits guirlandes colorées sont disposées le long du mur et leurs rayons se reflètent dans une parade enflammée aux ombres dansantes. Tu restes fasciné par ce spectacle qu'on ne peut t'enlever, spectacle que tu ne voudrais jamais quitter. Même une photo ne pourrais reproduire la beauté de ce qui se déroule sous tes yeux. Après avoir longé le mur, tu te laisses doucement couler contre lui. De là où tu es, le vent ne t'atteint pas et tu peux être tranquille. Enfin.
Pourtant la présence est là, tu la sens. Tu laisses tes yeux dériver dans le vagues et pars loin dans ton esprit, là où nul ne peux être.

La porte grince, encore. Tu ne l'entends pas, trop isolé dans ta tête pour t'en apercevoir. Une image te fait réagir et tu t'empares de ton appareil pour saisir l'instant. Un oiseau nocturne est posé juste devant toi, te fixe de ses yeux inquisiteurs, te jugeant de tout son âme. Et tu ne peux répondre qu'en lui promettant une vie éternelle dans une si belle photographie. Puis il repart dans le même silence qu'il est arrivé, comme si il t'avait simplement apporté un cadeau. Un sourire se trace sur tes lèvres tandis qu'une ombre se dessine au sol. Tu lèves la tête, intrigué.
Bien sur, ça ne pouvait être qu'elle. Une jeune fille au visage délicat, au teint pâle et aux lèvres pincées. Ses longs cheveux châtains qui virevoltaient légèrement, des flocons se posant délicatement entre les mèches folles, lui descendaient à la taille dans un mouvement gracieux. Elle arborait un fin gilet bleu au dessus d'une chemise à la couleur tirant sur le lilas, parfaitement poursuivi par une jupe danseuse blanche, des collants noirs et des petites bottines claires sans couleur définie. Gracieuse et indolente comme un brin d'herbe de prairies printanières et caressées par le soleil. Ses yeux d'un vert crapaud te fixaient avec l'intensité de diamants. Sa voix fluette sembla tinter comme du cristal lorsqu'elle se mit à parler.

"Je savais que je te trouverai là. Tu n'es pas venu au planétarium et je...
- Gaby.
- ... Connais quand même un peu. Quoi ?"

Blanc, silence. Un instant de réflexion.

"Je n'ai plus rien à te dire."
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Gabrielle E. Larsen
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Sam 23 Nov - 20:40

Say it to me now;

Je savais que Noah serait en retard.
Je le sentais. Il y avait quelque chose dans l'air ; comme un parfum de changement, d'inhabituel. On s'était donné rendez-vous au planétarium à dix-neuf heures tapantes. Je voulais aller au café du commerce, celui qui a la réputation de faire le meilleur chocolat de l'île. Mais il avait refusé en disant qu'il ne voulait pas aller là-bas. Que c'était leur café. Il y avait une lueur tellement joyeuse dans ses yeux quand il avait dit ça - presque euphorique -, que j'en avais été jalouse. Oui, vraiment. Jalouse et agacée. Parce que je connais la personne se cachant derrière ce « leur » et sachez-le : ça ne me plaît pas du tout. Lula. Elle ne s'appelle même pas Lula d'ailleurs, son vrai nom c'est Ebony ; c'est Jason qui me l'a dit. Elle se planque derrière son deuxième prénom parce qu'elle a la trouille de s'affronter en face. Elle est hautaine, méprisante, elle me regarde de haut comme si je n'étais rien. Elle se pense meilleure que nous tous sous prétexte qu'elle est au sommet du classement général. Ce n'est qu'une petite peste, voilà. Et Noah est tombé dans ses bras. Dans ses bras maigres de gamine cruelle et insensible. Je ne sais pas ce qu'il lui trouve, sincèrement. Qu'est-ce que vous voulez qu'elle lui apporte ? Elle ne pourra que le faire pleurer. Je le retrouverai dans quelques mois, en mille morceaux, perdu et plein à craquer d'un amour qu'elle aura rejeté. Je lui ai dis. Je l'ai prévenu que ça allait mal tourner, cette histoire.

Depuis, on ne se parle plus.

C'est la deuxième fois de ma vie que je ne peux plus voir, parler et sourire à Noah Evans tous les jours après les cours. C'est la deuxième fois qu'il m'abandonne. Je commence à m'y habituer. Je suis d'accord que j'aurais pu être plus... subtile dans mes propos. Faire preuve de davantage de tact. Je suis d'accord que lui balancer un sale « c'est qu'une conne cette fille il faut pas que tu l'approches » n'était peut-être pas approprié à la situation. Mais quand même, de là à m'ignorer totalement, il y a un monde merde ! Je suis sa meilleure amie, non ? Si je ne peux pas lui dire clairement ce que je pense, si je ne peux pas le mettre en garde contre ce qui est fondamentalement mauvais pour lui, à quoi je sers ? Dis-moi, Noah, à quoi je sers si je ne suis pas là pour t'empêcher de tomber dans le vide ?

Assise dans l'un des fauteuils du planétarium, je regarde ma montre. Dix-neuf heures et cinq minutes. Si à et quart il n'est pas venu, j'irai le chercher. Il est hors de question qu'il se débine et que j'aie gâché mon après-midi à l'attendre. Je pense à tout ce que j'aurais pu faire au lieu d'être ici comme une imbécile. Je pense à ma mère qu'il aurait fallu que je bouge de son canapé pour qu'elle vive un peu. Je me demande si elle s'en sort, sans moi ; même si au fond j'en ai plutôt rien à foutre. Je pense à Rosie qui voulait me faire essayer des fringues et à qui j'ai dit non avec un petit sourire aux lèvres ; je pense aux questions qu'elle me posera quand on se reverra demain matin. Je pense à Adam qui doit se promener dans les couloirs, je pense à son air de benêt et aux filles qui doivent le suivre de loin. Je pense à ce gamin, Morgan, qui court toujours partout avec sa pote en criant qu'il est un aventurier. Je pense à tout le monde, je pense à n'importe quoi. Et puis quand je commence à penser à elle, avec ses cheveux blonds courts et ses airs de princesse, j'arrête de penser et je regarde à nouveau ma montre. Bon. Il l'aura voulu.

Je quitte la salle en claquant la porte, ne prêtant pas attention au regard courroucé de la surveillante à mon égard. Si elle a quelque chose à me reprocher, elle n'a qu'à me le dire clairement. Et comme elle ne me dit rien, je ne vois pas ce qui m'empêcherait de poursuivre mon chemin. Je monte les escaliers quatre à quatre, ignorant la neige au-dehors. Je sais où il est ; ce garçon manque cruellement d'originalité lorsqu'il s'agit de se trouver un endroit où se réfugier. Je gravis les dernières marches menant à la lourde porte qui grince lorsque je l'actionne. Le froid me fige un instant. Stupeur. Je n'avais pas prévu de sortir, aujourd'hui. Mais il faut que je lui parle. Alors tant pis. Il est là, à quelques mètres de moi, observant un oiseau comme s'il s'agissait du messie. J'entends le clic léger de l'appareil lorsqu'il prend la photo. J'approche lentement, je le regarde. Bientôt il me verra. Bientôt il me verra, et il perdra ce sourire qui lui va si bien, pour devenir ce garçon distant qui ne lui ressemble pas. Bientôt il me verra et ce moment disparaîtra. Voilà.
Maintenant il me voit.
Je ne peux plus reculer, alors je prends l'air fier et j'avance comme un soldat envoyé au front. Courageux ; mais armé d'une petite cuillère.

« Je savais que je te trouverai là. Tu n'es pas venu au planétarium et je...
- Gaby.
- ... Te connais quand même un peu. Quoi ? »

Je sais ce qu'il va me dire, je n'avais pas besoin de demander. Mais je ne veux pas savoir. Je veux faire comme si je ne savais pas. Je veux feindre l'ignorance encore un peu, au cours de ces quelques secondes de silence qu'il m’octroie tandis qu'il cherche ses mots ; ses mots noirs qui me feront du mal. Je veux avoir le droit d'être cette enfant qui ne connaît rien à la vie, juste cette fois. Juste une fois. Avant de plonger à sa suite dans le noir.

« Je n'ai plus rien à te dire. »  

Je l'attendais cette phrase, je les attendais ces mots, pourtant ils me font l'effet d'un coup de poing en pleine poitrine. Si je n'étais pas Gabrielle Electra Larsen, peut-être que je me serais mise à pleurer. Peut-être que mes jambes m'auraient lâché et peut-être que je l'aurais supplié de me garder auprès de lui, de ne pas m'en vouloir. Peut-être que je lui aurais dit que sans lui je n'étais rien, qu'il était le seul et le meilleur ami que je pourrais jamais avoir. C'est ce que font les filles dans les films, quand on leur sort une tirade un peu tragique. Mais moi je suis forte, et moi je pense droit. Je ne veux pas m'excuser. Je pensais ce que j'ai dis. Je veux juste lui faire comprendre qu'il roule dans une impasse et qu'il s'apprête à foncer dans un mur.

« C'est dommage, parce que moi j'ai encore beaucoup de choses à te faire savoir. Il faut que tu captes, Noah. Elle est malsaine sérieux, elle pourra pas te rendre heureux. »

La neige mouille mes cheveux et ils tombent sur mon visage en filaments glacés. Je ne quitte pas son regard. J'ai l'impression que si je détourne les yeux, même une seconde, il aura disparu quand je voudrais le retrouver. Je sais qu'il veut fuir. Je sais qu'il n'a pas envie de me voir, ni de m'adresser la parole. Peut-être que je le dégoûte. J'espère que ce n'est pas le cas. Oh, mon Dieu, dites moi que ce n'est pas le cas.

« En plus tu. Tu pourrais avoir toutes les filles du monde. Alors pourquoi elle ? »

Oui, Noah. Mes yeux verts dans tes yeux bleus. Explique-moi.
Pourquoi elle ?
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Noah J. Evans
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Mar 26 Nov - 14:52

Words like violence;
        break the silence

Elle s’élève juste au-dessus de toi,
et tu n’as même plus la force de dire autre chose. Elle, elle, Gabrielle Electra Larsen. Ta meilleure amie. Tu sais, cette personne dont tu es incroyablement proche, cette fille a qui tu révèles tes secrets les plus importants vous rapprochant encore un peu plus. Tu la connais par cœur, tu pourrais réciter son journal intime, tu serais capable de prédire ses réactions. Du moins, tu aurais pu, tu aurais dû. Tu savais en fait qu’elle allait t’attendre au planétarium, tu n’avais pas choisi cet endroit par hasard. Elle voulait aller au café, ton café, celui qui fait les meilleurs chocolats chauds. Mais c’est qu’elle te connaissait mal car tu ne voulais pas partager ce que tu vivais avec Lula et ce café en faisant une partie intégrante. Tes sentiments, ils sont à toi, et cette fille-là, hautaine avec ses yeux verts, elle veut le prendre, les conserver dans une boîte secrète. Tu peux facilement deviner qu’elle est jalouse, mais elle n’a aucune raison de l’être. Tu ne comptais pas l’abandonner, non, tu comptais au contraire lui raconter des trucs différents, ne pas lui parler de Marshall, ou à la limite de son frère. Tu voulais distinguer les deux, l’amour avec Lula, l’amitié avec Gaby. Mais cette dernière s’y était opposée. Farouchement, avec un acharnement étonnant.
Noah James Evans, tu aurais voulu être toi-même, entouré de ceux à qui tu tiens. Mais on ne t’a pas laissé le choix.

Tu as décidé d’être blessant pour l’éloigner encore plus, pour rendre la rupture entre vous plus douloureuse, tu voulais t’éloigner de cette présence. Tu désires plus que quiconque être normal mais tu n’y arrives pas. Le langage des sentiments est trop imprécis pour toi, tu ne peux le manipuler sans te rendre compte à quel point il peut être fort, puissant. C’est un étrange ressenti que tu as au fond de la poitrine en cet instant. Tu te blesses toi-même. Mais tu es honnête. Non, tu n’as plus rien à ajouter. Elle n’aurait pas dû insulter Lula, elle n’aurait pas dû te balancer ça comme ça sans le moindre tact. Tu étais retourné des années en arrière lorsqu’elle t’avait claqué la porte au nez lorsque ta mère était décédée. Ce jour-là, tu elle t’avais repoussé pour la première fois et tu lui avais tourné le dos. Aujourd’hui, la situation était un peu similaire. Elle ne t’avait pas accepté alors tu étais parti. Pas physiquement, il n’y avait aucun moyen de quitter l’île. Mais tu avais voulu la sortir de ta vie. Ton père t’avait expliqué combien il lui avait été dur et pourtant si rapide de quitter Aria, la mère de Gaby. A l’époque tu ne comprenais pas. Mais telle mère, telle fille. Maintenant, tu comprends.
Elle semble déstabilisée mais étrangement calme face à ta réplique. Pour une fois, tu serais presque fier d’elle. Tu l’aurais été si ça n’avait pas été dans ces conditions. Tu te prépares à attendre ses arguments. Elle n’a aucune originalité, ce sont toujours inlassablement les mêmes. C’est comme un disque qui ne ferait que tourner en boucle car on ne peut plus trouver le bouton stop.

« C'est dommage, parce que moi j'ai encore beaucoup de choses à te faire savoir. Il faut que tu captes, Noah. Elle est malsaine sérieux, elle ne pourra pas te rendre heureux. »

Elle ne quitte pas son regard dans lequel tu peux lire toute sa peur de te perdre à jamais. Tes yeux bleus océan sont profondément attachés aux siens et ne peuvent s’en délaisser. Elle a vraiment de beaux yeux, tu l’as toujours dis. Mais elle ne savait pas en faire usage. Tu attends sagement, immobile contre ton mur de pierre, la suite de ce nouvel excès de jalousie. Car avec Gabrielle, tu sais qu’une phrase n’arrive jamais toute seule comme ça.

« En plus tu. Tu pourrais avoir toutes les filles du monde. Alors pourquoi elle ? »

Tu continues de la regarder sans ciller. Cette fille a un grave problème, celui de n’accorder qu’un moindre intérêt aux apparences et à ne pas chercher à comprendre les gens une fois qu’elle s’en lasse. Tu peux sentir sa frustration rien qu’en observant ses mains trembler. Les doigts fins repliés sur eux-mêmes font ressortir l’extrémité des métacarpes et ses jointures. Et elle serre, elle serre. Encore plus fort, pour se canaliser, pour tenter d’envoyer ailleurs la douleur qu’elle ressent. Tu voudrais te lever, lui prendre ces mains douces entre les tiennes et lui dire que tout es oublié. Tu pourrais te lever, l’enlacer et lui dire qu’elle a raison, que tu as été aveugle et qu’elle sera toujours là pour toi. Clairement, tu pourrais faire tellement plus pour elle. Sauf que le seul truc que t’es capable de faire c’est de la regarder avec un air naïf et dur au visage. Tu n’as pas envie de t’expliquer, ce sont toujours les mêmes arguments qu’elle refuse d’entendre. Tu es fatigué de devoir lui expliquer tout ce qui se passe dans ta tête, de toute façon elle n’a jamais essayé de comprendre. Tu devrais te plier à sa volonté et obéir aux ordres de votre Altesse. Non elle ne te dégoute pas. Elle te fait juste ressentir un fort désir de rejet. Et comme d’habitude, tu voudrais fuir. Te lever, essuyer la neige qui s’est accumulée sur ton pantalon, la dévisager avant de lui tourner le dos et lui faire comprendre que tant qu’elle agirait ainsi, rien ne pourrait vous relier. Et finalement, tu te contentes de détacher ce lien oculaire qui vous relie.
Elle ne te perdra pas de toute façon.

L’ignorer, ou dire quelques mots inutiles, c’est un dilemme qui se joue dans ta tête petit. Les bons moments et les rires se mélangent aux insultes et en fait, c’est juste que tu ne sais pas quoi répondre. Un faible coup de vent arrive jusqu’à toi et les flocons viennent se poser sur tes cils, floutant ta vision pendant quelques secondes. Elle est toujours là quand tu lèves la tête, elle ne compte pas partir. Son ombre s’étale sur la couche blanche dont l’épaisseur ne fait qu’augmenter. Les bruits du réfectoire juste en dessous te parviennent et tu ne réagis pas plus que ça en t’imaginant au chaud avec une assiette garnie à souhait. Toi ce que tu veux, c’est rester là, assis. Tu te dis qu’elle ne compte pas partir et qu’à un moment où un autre, la conversation finale aura lieu.
Ses mains ne tremblent plus de fureur mais de froid. La lumière éclaire son visage naturellement pâle et y fait ressortir les roseurs frivoles sur ses joues. Les reflets colorés luisent dans ses yeux verts et ses lèvres fines tremblent sans pouvoir s’arrêter. Bien sûr. Ou avait-elle la tête à sortir par ce froid sans le moindre équipement ? Et tu as un cœur petit Noah, oui tu n’es pas totalement con en fait. Et là tu es bien content que ton manteau possède une double épaisseur. Elle a froid, c’est évident, et par fierté elle ne dira rien. Tu la connais assez pour savoir ça. Alors te voilà en train de te relever, te voilà déjà debout, te voilà devant elle, te voilà posant sur ses frêles épaules la première couche de ton manteau. Tu gardes la deuxième, il ne faut pas abuser. Et sans comprendre pourquoi, instinctivement, tu prends ses mains dans les tiennes. "Elles sont gelées" constates-tu dans un soupir.
C’était comme si en un instant toute la peur de l’affronter c’était envolée avec les courants d’airs.

« Ah ouais ? Je pourrais t’avoir toi ? »

L’éclair stupéfait dans les yeux de la concernée t’apporte la réponse. D’ailleurs, pourquoi cette question ? C’était complètement stupide, insensé. Tes pensées avaient été trop rapides pour une fois, tu ne cherchais qu’à la provoquer et à la pousser dans ses retranchements pour peut-être mieux la briser par la suite. Tes yeux dans les siens, comme toujours. Et ce n'est pas un hurlement qui sort de ta bouche, mais un doux murmure. Simple.

«  Tu vois, je ne peux pas avoir toute les filles. Je n'ai rien de particulier tu sais. Alors maintenant, il faut que t'arrêtes. Elle est peut-être malsaine, elle est peut-être blessante. Et alors, où est le problème ? Tu n'as pas cherché à la connaître ! Tu n'en sais rien de qui elle est. Alors arrête. »

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Gabrielle E. Larsen
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Mar 26 Nov - 18:02

I'll be my own savior;

J'ai froid. Je meurs de froid, clouée sur ce toit. Et Noah est un abruti. Il me fixe avec cet air que je déteste, cet air qui dit à la fois « j'ai envie de dégager au plus vite » et « tu me fais pitié, il faudra bien qu'on parle un jour ». Je ne veux pas qu'on me prenne en pitié. Je ne suis pas une pauvre malheureuse. C'est lui qui devrait se remettre un peu en question ! J'ai toujours joué le mauvais rôle dans nos histoires, de toute façon. Ça a toujours été comme ça. Parce que Noah, c'est l'exemple même du bon garçon. Il est doué à l'école, il est plutôt beau, il est bien élevé. Il est toujours respectueux avec les adultes. Il fait de jolies photos. Ses parents étaient fous amoureux jusqu'à ce que sa mère meurt tragiquement. Je sais que c'est horrible de penser ça, mais il a tout pour lui. Moi à côté je suis le vilain petit canard. Avec des notes correctes mais pas suffisamment hautes pour me démarquer, toujours à faire la gueule, incapable de la moindre initiative artistique. Avec une mère qui me fait honte et un père barré à l'autre bout de la Terre. C'est sûr que dès qu'une dispute éclatait, même minime, c'était de ma faute. J'ai un caractère de chien, je suis au courant. Et j'admets que souvent – souvent – lorsqu'on s'embrouillait c'était parce que j'avais été trop loin. Mais là je ne suis pas d'accord. Pour une fois,  je le jure, je ne reculerai pas. En temps normal je serais allée m'écrouler à ses pieds ; maintenant c'est fini tout ça. Il faut que j'apprenne à ne plus dépendre que de lui. Il faut que j'apprenne à tenir toute seule pour de bon.

Même si c'est.
Tellement.
Difficile.

Sincèrement, comment voulez-vous que je lui en veuille ? C'est bien le problème de Noah vous voyez, c'est réellement un bon garçon ! Toujours gentil, toujours à me rassurer, toujours à anticiper ce que je vais dire et ce que je vais faire. Toujours là pour poser un manteau sur mes épaules quand il sait que je risque de finir gelée. Toujours là pour prendre mes mains dans les siennes. Toujours toujours toujours. Toujours là. Il me connaît par cœur. J'aimerais pouvoir en dire de même. Mais je ne sais pas être comme ça, moi. Je garde les yeux fixés sur mon nombril, sur le bout de mon nez, sans parvenir à aller plus loin. C'est comme si la vie m'avait muni de murs au-delà desquels je serais incapable de voir. Il n'y a que Noah. Il n'y a que Noah qui arrive à fissurer ma muraille pour me laisser jeter un œil au-dehors. Comment voulez-vous. Comment voulez-vous que je m'en sorte sans lui ?

J'ai l'impression que la Troisième Guerre mondiale se déroule sous mon crâne.

« Ah ouais ? Je pourrais t’avoir toi ? »

L'effet est immédiat, les bombes cessent de pleuvoir. La tempête de mon esprit s'apaise pour laisser place à mon entière stupéfaction. J'ai dû mal entendre. J'ai forcément mal entendu. Je cligne des yeux pour le fixer à ma guise. Mais non, il est sérieux. Il contemple ma réaction comme si j'étais un rat de laboratoire. Il cherche la faille dans mes paroles, il cherche l'interstice par lequel fuir mes arguments maintes fois répétés. Il veut me voir sortir de mes gonds. Il veut que cette dispute soit de ma faute. Il veut avoir une excuse pour être une nouvelle fois le héros.

« Tu vois, je ne peux pas avoir toute les filles. Je n'ai rien de particulier tu sais. Alors maintenant, il faut que t'arrêtes. Elle est peut-être malsaine, elle est peut-être blessante. Et alors, où est le problème ? Tu n'as pas cherché à la connaître ! Tu n'en sais rien de qui elle est. Alors arrête. »

Et ça marche. Je retire mes mains des siennes d'un coup ; je garde le manteau pour ne pas finir en croustibat. Je sens mes lèvres qui se pincent en une ligne fine et mes yeux se barder d'éclairs. Oh, Noah, toi qui me connaît si bien ; vois-tu la tornade qui s'apprête à  te tomber dessus ? Vois-tu comme tu m'énerves et me rends dingue en agissant ainsi ? C'est ce que tu cherches, dis-moi ? Tu veux me voir au plus bas ? On s'était pourtant promis de toujours se tirer vers le haut. De toujours être présent l'un pour l'autre. Croix de bois, croix de fer petit frère. Mais les promesses c'est que du vent. Des contes qu'on se raconte quand on est enfant et qu'on a du temps à perdre. Voyez par vous même : je m'étais promis de rester calme.

« De quel droit oses-tu m'ordonner d'arrêter, Noah James Evans ? Tu te moques de moi, avec tes phrases moralisatrices ! Tu sais très bien que tu peux pas m'avoir, tout simplement parce que ce serait absolument idiot pour nous d'être ensemble ! Mais y en a des tas d'autres ! Et crois-moi, ta Lula, j'la connais bien plus que c'que tu penses !  Elle se fiche de toi et tu t'en rends même pas compte ! Crétin ! »

Je m'arrête une seconde pour reprendre mon souffle, je laisse tomber son putain de manteau, je lui jette à la figure. J'en ai plus rien à foutre finalement, de finir gelée, congelée ou surgelée. Plus je parle et plus je m'emballe et plus je m’enivre. Oh Noah.

« Et puis tu sais même pas, toi ! Tu sais même pas les regards qu'elle me balance dans les couloirs ! Comme si j'étais... Comme si j'étais nulle. Nulle nulle nulle ! Tu t'en fous, t'y fais même pas attention, parce que t'es trop occupé à la regarder avec tout l'amour du monde ! »

Tout l'amour du monde pour elle. Et moi. Et moi il me reste plus rien. Comme d'habitude. Qu'est-ce que vous voulez qu'elle en fasse, Gabrielle, de l'amour ? Elle en a pas besoin, elle est suffisamment forte comme ça. Donnons-en à ceux qui en ont réellement besoin. Regardez la pauvre Lula, elle aussi elle a perdu sa maman, comme Noah, et en plus elle est toujours toute seule et elle a l'air tellement petite, tellement fragile sous ses lunettes. Ah ça oui. Elle en a bien plus besoin, de cet amour.

« Me fait pas croire que ça resterait pareil entre toi et moi si tu sortais avec elle. Tu sais très bien qu'on se verrait plus. Parce que je l'aime pas. Parce qu'elle m'aime pas. Parce que t'as pas un cœur assez grand pour une Gabrielle et une Lula à la fois. »

Et puis aussi, tout bas, je m'inquiète pour toi.
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Noah J. Evans
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Jeu 28 Nov - 18:32

Nobody said it was easy ;

Dès que tes propres mots eurent
franchis tes lèvres, c'est un immense regret qui te submerge. Parce que tu savais parfaitement ce qui pouvait arriver et lorsque les frêles doigts pâles de la demoiselle se retirèrent vivement de ton emprise, tu te dis que tu avais raison et que tu venais peut-être d’aller trop loin. Tu en avais trop dis, quoique surement pas assez en fait. Elle refusait de l’écouter, elle avait érigé ce mur entre vous qui ne pouvait vous permettre de vous entendre. Brique par brique, ce mur s’était élevé jusqu’à vous séparer totalement. Mais elle avait fait une fenêtre pour t’observer. Et une porte. Un porte au cas-ou tout redeviendrait plus ou moins normal, une porte infranchissable et indestructible. Et ce qu’elle faisait, c’est d’être assise derrière cette porte en attendant un quelconque signe qui lui permettrait de revenir et d’avancer.

Gabrielle avait toujours eu un décalage par rapport à toi. Quand tu étais loin devant, elle traînait la patte derrière. Tu avais admiré ce côté combatif durant toute son enfance. Elle avait beau avoir un an de plus, tu avais parfois l’impression d’être le plus âgé des deux. C’était toi qui, enfant, avait eu la chance d’être aimé, d’avoir une famille sur laquelle se reposer. C’était toi qui avais été le modèle, c’était toi le premier de la classe, c’était toi le centre des éloges. Et malgré tout, tu n’avais jamais voulu qu’on t’acclame ou quoique ce soit parce que te mettre en avant n’est pas quelque chose que tu fais naturellement. Tu voulais être ce gamin justicier qui va aider des autres, ce gamin prévoyant et prévisible qui devait servir de point de chute à tes amis. Tu avais rempli ce rôle pendant longtemps. Le gentil Noah, Noah et ses yeux bleus sincères, Noah et sa caméra. Tu étais celui qui avait raison dans les disputes, celui qui avait la vérité au bout des lèvres, celui qu’on devait écouter. Tu es encore cet enfant même si tu en doutes parfois.
Elle ne retire pas le manteau, ton manteau, elle n’est pas si stupide. Pour rien au monde tu ne voulais la blesser, jamais tu n’aurais voulu qu’elle souffre. Mais elle s’enfermait toute seule dans ce monde noir et tu ne sais pas comment l’en sortir. Sa voix pure, frémissante avait comme un son de rancœur lorsqu’elle se mit à parler, un mince nuage de buée blanche froide sortant de sa bouche en même temps.

« De quel droit oses-tu m'ordonner d'arrêter, Noah James Evans ? Tu te moques de moi, avec tes phrases moralisatrices ! Tu sais très bien que tu peux pas m'avoir, tout simplement parce que ce serait absolument idiot pour nous d'être ensemble !  Mais y en a des tas d'autres ! Et crois-moi, ta Lula, j'la connais bien plus que c'que tu penses !  Elle se fiche de toi et tu t'en rends même pas compte ! Crétin ! »

Un instant de respiration, un instant de répit avant la suite de l’attaque frontale. Une seconde éternelle.

« Et puis tu sais même pas, toi ! Tu sais même pas les regards qu'elle me balance dans les couloirs ! Comme si j'étais... Comme si j'étais nulle. Nulle nulle nulle ! Tu t'en fous, t'y fais même pas attention, parce que t'es trop occupé à la regarder avec tout l'amour du monde ! »

Ah tient, tu t’es repris ton manteau dans la figure. La fermeture t’a claqué sur le visage te laissant une petite empreinte rouge. Vu la façon dont tu marques rapidement, la tache deviendra un bleu. Tu ne l’avais entendu que trois fois prononcer ton prénom, deuxième prénom et ton nom comme ça. La première fois, elle s’était cassée la figure dans la rue et tu riais tellement qu’elle avait hurlé, foule à témoin, « Noah James Evans n’est qu’un sombre crétin qui dort encore avec sa peluche ours et en pyjama bleu avec des pingouins !!! » ce qui bien sûr n’avait fait qu’empirer ton fou rire d’enfant de 8 ans. La deuxième fois remontais au collège. « Noah James Evans, il faut qu’on parle. ». Cette fois ci, elle avait décidé de revenir vers toi après des mois sans te parler. Et voici la troisième fois. Néanmoins elle marquait un point, tu ne pouvais que le reconnaître. Vous n’aviez rien à faire ensemble, il aurait été totalement ridicule pour vous de sortir ensemble. Mais tu n’avais voulu que la pousser dans ses retranchements. Non ?

« Me fait pas croire que ça resterait pareil entre toi et moi si tu sortais avec elle. Tu sais très bien qu'on se verrait plus. Parce que je l'aime pas. Parce qu'elle m'aime pas. Parce que t'as pas un cœur assez grand pour une Gabrielle et une Lula à la fois. »

Juste une question. Pourquoi ? Pourquoi te faisait-elle subir ça ? Pourquoi vouloir te blesser absolument, pourquoi t’empêcher de voler aussi haut que tu ne l’aimerais ? Ce n’était pas elle la méchante, ce n’était pas Lula. Il ne reste que toi, tu le sais. Elle ne pense pas à mal, tu le devines dans ses propos. Mais là, la bombe qu’elle retenait de te lancer devait exploser. Et tu devais l’aider à faire sortir tout ce qu’elle ressentait car c’était pour toi la seule option pour que les choses puissent hypothétiquement s’améliorer. Tu l’avais vu venir depuis le début qu’elle cracherait en partie le morceau mais en cet instant, tu es conscient que tout n’a pas été dévoilé. Et puis, de toute façon, ses arguments ne valent rien. Lula n’aime personne, Lula elle est comme ça avec tout le monde sauf toi. Lula c’est ton amie, Lula elle n’a plus cette étincelle mauvaise au fond de ses prunelles quand elle te regarde. Tu ne sais pas ce qu’elle ressent, mais ce n’est pas grave car toi tu l’apprécies beaucoup. Par contre tu ne sais pas que ça se voit autant petit, tu devras y faire attention sinon les gens se poseront des questions. Quant à ton cœur…

« Je ne sais pas. Peut-être. Peut-être que j’aurais essayé parce que je veux toujours essayer et que je n’aime pas décevoir. J’en sais rien Gaby, j’en sais rien, et toi non plus. Tu crois vraiment que je serai capable de laisser comme ça quelqu’un derrière ? Tu penses vraiment ça ? »

Ta voix était calme, posée, comme toujours. Pour arriver à t’énerver, il faut bien te pousser à bout, il faut une excellente raison. Tu as pourtant cette boule dans la gorge qui te bloque, tu as ce nœud à l’estomac qui semble indémêlable. Tu ne sais pas comment lui expliquer que ton cœur est assez grand pour tout le monde, tu ne sais pas comment lui prouver qu’elle a tort car elle a un fond de vérité. Mais son silence éloquent te blesse. Oui, elle ne répond pas, oui elle pense sérieusement que tu peux l’abandonner. Qu’elle cherche ses mots ou qu’elle ne veuille pas répondre, dans tous les cas, le bruit lointain de l’existence des autres te suffit amplement. Et ce n’est pas la fureur, non c’est n’est pas ce sentiment qui te submerge, c’est la tristesse. Celle de la confiance, celle de l’amitié qui s’estompe peu à peu comme on gomme un dessin. Puis ce sont ces larmes salées qui coulent le long de ta joue car là, c’est au-delà de tes limites.
Tu laisses le manteau au sol et tu recules d’un petit pas avant prendre appuie sur le mur froid qui se tient derrière toi.

« T’es… T’es injuste. J’ai toujours été là et… T’es injuste. »

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Gabrielle E. Larsen
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Sam 30 Nov - 21:19

I swear I'll kill her;

Je me sens faible. Monstrueusement faible. Et vous savez quoi ?
Je déteste ça.
C'est quelque chose que mon amitié avec Noah m'a toujours apporté, cette faiblesse ridicule, cette faille dans mon armure. Je tiens à lui. Je tiens à lui plus qu'à n'importe qui d'autre dans ce monde. Parce qu'il est drôle quand je n'ai pas envie de rire, qu'il est intelligent quand je n'ai plus la force de l'être, qu'il est sensible pour deux. Parce que c'est mon ami. Mon meilleur ami. Pourtant aujourd'hui je sens que tout ce qu'on a vécu ensemble est sur le point de se casser la gueule. Tous nos souvenirs vacillent, toutes nos promesses tremblent. Peut-être nous a-t-il toujours manqué quelque chose, au fond. Peut-être n'étions-nous pas fait pour se rencontrer, malgré tout ce qu'on s'est dit, malgré nos théories sur le destin. Le Toi plus Moi égal Nous envers et contre tout. C'était bidon, c'est ça ? J'avoue que je sais plus, là. Je suis perdue. Perdue et vaguement triste. Une boussole a qui on a enlevé le nord. Je tourne et tourne et tourne en rond sans parvenir à me fixer, ressassant les mêmes pensées, incapable de me débarrasser de mes préjugés. Je me doute bien que mon image de Lula est troublée par tout ce que j'ai vécu et par tout ce que je suis. Je sais que je suis méfiante, jalouse, instinctive. Je sais que je n'ai pas cherché à la connaître au-delà de ses airs et de ses regards. Mais c'est comme ça. Vous voyez, y'a des gens à qui on n'a pas envie de parler, qui nous paraissent antipathiques immédiatement ; Lula fait partie de ces gens là. Moi je suis de l'autre côté de la barrière. Et Noah est au bord du mur. Il a plus qu'à choisir de quel côté sauter. Je voudrais qu'il me choisisse moi, mais je sais bien comment ça finira.

« Je ne sais pas. Peut-être. Peut-être que j’aurais essayé parce que je veux toujours essayer et que je n’aime pas décevoir. J’en sais rien Gaby, j’en sais rien, et toi non plus. Tu crois vraiment que je serai capable de laisser comme ça quelqu’un derrière ? Tu penses vraiment ça ? »

Sa voix est tellement calme qu'elle m'énerve. Je viens de lui crier dessus, je viens de lui jeter un manteau à la figure, je viens de lui dire une part de ce que j'avais sur le cœur ; comment peut-il rester aussi stoïque ? Pourquoi suis-je la seule à paraître aussi hystérique ? Il est toujours si sage. Il dit toujours des choses si raisonnées. Il parle comme s'il connaissait tout du monde, qu'il avait tout vu de la vie, qu'il avait un milliard d'années d'avance sur moi. Un milliard d'années d'avance. Et moi qui reste sur le bas-côté, la pauvre gamine qui dit au revoir un mouchoir à la main et des larmes au coin des yeux.
Un pur cliché.
Je n'arrive même plus à répondre. J'ai l'impression que mes mots ce sont envolés. Je ne peux pas lui dire. Je ne peux pas lui dire ce que je pense vraiment. Je ne peux pas dire « Oui Noah, je pense que tu serais capable de me laisser toute seule. Si c'est pour elle. ». Même si j'ai pour principe de ne pas tourner autour du pot et de ne rien lui cacher, là c'est différent. La situation est différente, ses réactions sont différentes ; jusqu'à l'air qu'on respire est différent. Il a un parfum d'adieu. Une fragrance froide, un peu douloureuse.
Ou bien est-ce simplement l'hiver qui me rattrape ?

« T’es… T’es injuste. J’ai toujours été là et… T’es injuste. »

Il s'appuie sur ce mur derrière lui, ce mur gris si fade – comme si on lui avait enlevé ses couleurs. Et puis il pleure. Je vois des larmes fines qui coulent du coin de ses yeux jusque sur son menton. Ça fait des marques blanches sur ses joues à cause du froid.
Il triche.
Je peux pas continuer à être en colère s'il joue les victimes. Je peux pas lui crier dessus à nouveau s'il réagit comme ça. J'ai pourtant que ça dans mon répertoire, moi. De la colère, de la tension, de l'angoisse. Encore, encore, encore. Un ballet étrange qui crée la peur au fond de mon ventre. Lentement, je resserre mes bras autour de ma poitrine et je m'avance pour m'adosser au même mur que lui. Juste à côté. Au moins comme ça je ne le vois plus, je n'ai plus à affronter ses larmes et son air désespérément désespéré. Devant moi il n'y a plus que le village et l'académie qui s'étendent paresseusement, saupoudrés de neige comme on saupoudrerait un gâteau de sucre. C'est doux comme vision. Étrangement doux, comparé à notre conversation. En décalage.

« T'as pas toujours été là, justement. T'es déjà parti, parce que j'étais trop conne et méchante pour te retenir. Et là je sens que tu pars à nouveau. »

Les flocons qui virevoltent sous mes yeux sont des fées. J'aimerais que ce soit des fées. J'aimerais avoir un esprit suffisamment dingue pour que ça en devienne. Mais il me manque l'étincelle. Je reste clouée au sol lorsque je voudrais m'envoler. Noah aussi voudrait s'envoler. Il voudrait s'envoler avec Lula, aller rejoindre les étoiles et briller. Tandis que moi je l'entraîne de plus en plus vers le fond. Là où il fait si sombre qu'on ne voit plus ses pieds. Ni ses mains. Ni son nez. Moi ça me va, parce que je ne me supporte pas et que je n'ai plus envie de contempler ce corps qui prend trop de place plus longtemps. Noah lui, il mérite mieux ; je sais qu'il mérite mieux. C'est juste que.

« Ça me fait peur d'être toute seule. »

Je fais la fière mais c'est pas glorieux. Depuis toujours. Jusqu'ici je tenais parce que je savais que quoiqu'il arrive, il me resterait Noah. Là il me quitte. C'est fini. Alors je deviens quoi ?

« En plus je suis pas sûre qu'elle soit si bien que ça pour toi. Pour de vrai. Ça aussi ça me fait peur. »

Voilà.
Tant pis pour moi.
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Noah J. Evans
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Jeu 5 Déc - 17:27


Les larmes qui tracent leur chemin sinueux sur tes joues ont un goût amer sur tes lèvres. Elles sont fades, elles sont inutiles, mais tu ne peux plus les retenir. Non tu n’es pas un homme fort et viril, non tu n’es pas ton père, toi tu pleures au moindre obstacle, tu te laisses trop facilement submerger et tu fais tout ce qui est en ton pouvoir pour ne pas le montrer. Ne jamais montrer ce que l’on ressent, leçon numéro acquise au contact de ton paternel. Ça fait encore plus mal lorsque les sentiments entrent en jeu.
Alors tu t'es dit que faire mal aux autres pourrait t'éviter de te blesser toi-même, déduction totalement crétine je le concède.
Tu as parfois l'impression de nager dans un océan, infini, profond, seul. Les vaguelettes t'emportent au large sans que tu ne veuilles lutter contre elle, et tu nages, tu nages. Tu n'as plus rien sous tes pieds mis à part l'inconnu. Tu n'as rien au-dessus de toi si ce n'est l'espace inexploré. Les côtes ne sont plus à ta portée, tu es tout seul Noah. Tu es arrivé là tout seul petit, tu devras partir tout seul. C'est un plongeon que tu as fait, c'est certain. Tu ne savais pas la profondeur des eaux, tu pouvais toucher le fond à tout instant. Mais non, rassure toi, tu en es bien loin. Maintenant, continue d'avancer tout simplement. Tu vas t'épuiser, t'épuiser à expliquer aux autres ce que tu veux, t'épuiser jusqu'à ce que tout soit parfait comme tu le voudrais. Les vagues vont devenir de plus en plus forte, vont déferler sur toi et tu vas devoir rester aussi stoïque qu'un roc. Parce qu'elles arrivent, n'aies crainte. Elles commencent déjà à être de plus en plus violentes, à s'attaquer à ton quotidien. Mot par mot, elles détruisent les souvenirs, elles coulent les relations, puis elles attendent le dernier moment pour tout briser. Alors ne les laisse pas Noah. Ne les laisse pas définir ton monde, ne les laisse pas te voler ton univers. Ne laisse personne te voler la seule chose qui t'appartient réellement.

Pourtant lorsque tu la sens s'approcher de toi, être juste là alors que toi tu ne peux être qu'une petite boule humaine, tu ne sais pas comment faire. Tu ne sais pas si tu dois te lever, hurler et entendre l'écho de ta voix dans le froid. Tu te dis que tu pourrais tout simplement partir sans un mot. Tu te dis trop de choses en fait si bien qu'en faire le tri est impossible.

« T'as pas toujours été là, justement. T'es déjà parti, parce que j'étais trop conne et méchante pour te retenir. Et là je sens que tu pars à nouveau. »

Tu es parti. Oui, une fois. Une seule et unique fois et tu aurais pu ne jamais revenir. Parce que tu as vu cette porte fermée sous tes yeux, parce que tu as entendu ces mots. Tu voulais une amie ce jour-là. Elle n'a pas su te l'offrir. Tu as vu ses yeux verts te fixer avant d'articuler distinctement ces deux petites phrases. Tu les entends encore. L'enfant que tu étais n'a pas compris. Il n'a toujours pas compris. Mais il n'a su que tourner le dos et s'est dit qu'elle ne serait plus là pour lui. Il avait perdu deux êtres en une journée. Il n'avait plus personne ce gamin, il s'est mué dans le silence en espérant qu'un jour ça passe. Et peu à peu tu es redevenu un garçon normal. Elle n'était pas venue te chercher au bout d'un an. Alors tu l'as ignoré. Tu pouvais t'en sortir. Tu la voyais tous les jours, tu faisais attention à elle pourtant. Elle n'a peut-être jamais remarqué. Tu voulais qu'elle aille mieux, tu avais toujours voulu ça pour elle. Et tu attendais car tu savais au plus profond de toi que ça ne pouvait pas s'arrêter comme ça. Tu savais que les deux gamins en pyjamas ne pourraient se quitter après tant de nuits ensemble à espérer, à rêver dans ce petit lit d'enfant.  
Oui tu es parti. Mais tu es revenu quand elle a su te trouver.

« Ça me fait peur d'être toute seule. En plus je suis pas sûre qu'elle soit si bien que ça pour toi. Pour de vrai. Ça aussi ça me fait peur. »

Tu ne dis rien. Les mots restent bloqués dans ta gorge. Cette peur, tu la connais, tu l'a ressens à chaque instant. Elle s'est finalement assise à côté de toi et tu peux entendre ses dents claquer. Quelle crétine, pourquoi avoir retiré la veste. Franchement, parfois, elle t'exaspère. Elle s'énerve, elle finit par craquer, elle s'emballe et ne peut plus revenir. Tu la connais Gaby, tu connais depuis longtemps cet aspect de sa personnalité. C'est toujours toi qui a le beau rôle entre vous deux parce que c'est toi le plus raisonnable. Tu ne veux pas t'emporter car tu te doutes que si c'est le cas, tu seras détestable. Irresponsable. Tu aurais le mauvais rôle, tu ne serais plus ce magnifique garçon parfait que tu tentes de forger un peu plus. Tu ne pourrais plus cacher tes défauts, tout le monde découvrirait que tu n'as rien de spécial et tu seras tout seul.

Nuit, enfance, rêve.
Peur, colère.
Amitié.

Elle ne dit plus un mot, tu apprécies le silence. Les larmes ne coulent plus, elle a su les arrêter. En quelques mots, elle peut jouer avec toi, avec tes sentiments. Elle est forte Gaby. Parce qu'elle s'est enfin confiée. Parce qu'elle arrive à dire à haute voix ce qu'elle pense. Tout s'accélère dans ta tête, des souvenirs, des rires, des mots doux. Non, ça ne peut pas se terminer sur la peur, ce n'est juste pas possible, tu es d'accord.
Une idée te vient. Tu ne comptes pas parler, pas pour le moment. Pourquoi gâcher ses mots ? D'un geste rapide, tu lances en l'air des dizaines de morceau de papier. Tu as toujours du papier sur toi, tu ne peux pas faire le moindre geste sans ta réserve. Le mouvement fluide de tes mains réchauffe tes doigts engourdis malgré les gants. Le bruit du papier qui se froisse est léger mais audible. Tu es concentré, tu oublies tout. Les pétales s'assemblent, la précision prend forme. Le vent emporte certes les morceaux, mais ils te reviennent, comme aimantés par toi. Ton don est de plus en plus puissant. Les flocons se mêlent aux tourbillons de feuilles créant un nouveau spectacle. Des fleurs apparaissent peu à peu sous tes yeux, formant un véritable champ. Et malgré les courants, elles restent là, à flotter devant toi. Tu ne sais pas quoi faire d'autre. Tu espères juste qu'elle regarde, qu'elle t'observe. Enfants, vous alliez dans ces champs fleuris, oubliant le reste. Elle devait s'en souvenir. Elle n'avait pas le choix. Les couleurs se reflètent sur les créations que tu décides de poser sur le drap immaculé.
Puis tu tournes la tête, et tu la regarde. Tu regardes cette créature aussi chétive que toi. Tu voudrais dire tellement de choses mais tu n’as pas envie de parler.
Tu ne comprends pas ce qui se passe.
Et l’instant d’après, tu es dans ses bras. Tu peux sentir son parfum, un délicat mélange fruité et étrangement de lessive.

« On a tous peur de quelque chose Gaby. Je suis revenu la dernière fois et je me suis juré quelque chose. Je ne repartirai pas. »

Tant pis pour les vagues, tant pis pour les peurs.
Tu devras lui expliquer que Lula tu l’aimes. Mais ce n’est pas grave, car perdre Gaby c’est aussi important que toucher la lune.
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Gabrielle E. Larsen
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Ven 13 Déc - 19:12

Young and beautiful;

Une nuée de papiers traverse le ciel.
Je ne comprends pas tout de suite. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi Noah a jeté tout ça dans l'air froid de l'hiver. Je me dis que c'est peut-être une métaphore bizarre comme il a l'habitude d'en faire ; un truc moralisateur du type « laissons s'envoler nos soucis comme s'envolent ces feuilles » ou que sais-je encore. Quand on était petits, il avait pour habitude de sortir à tout bout de champ des citations - d'après lui célèbres - pour pouvoir gagner nos joutes verbales. Peut-être allait-il me refaire le coup. Ça ne me ferait pas rire. Mais plus les papiers volent, plus les flocons les enveloppent, et plus leurs formes se dessinent ; et plus mon cœur s'emballe ; et plus ma vie déraille. Je les vois apparaître devant moi, aussi clairement que dans mes souvenirs. Ces fleurs qui ne sont ici qu'une dizaine, mais qui poussaient par centaines dans la campagne londonienne. Je me rappelle de ces moments que l'on passait ensemble, quand on partait en voiture avec son père et que ma mère fronçait les sourcils en voyant le chauffeur. Je me rappelle de notre excitation grandissante, galopante. Je me rappelle de nos conversations enjouées sur les papillons qu'on risquait de croiser ; et tu crois qu'on verra des lapins, Noah ? Tant de questions qu'on se posait comme si elles étaient toutes plus importantes les unes que les autres. Jusqu'à ce qu'on arrive. Jusqu'à ce qu'on sente l'odeur délicate des fleurs emplir nos poumons et nous vider la tête. C'était bien. C'était il y a des années ; des siècles même me semble-t-il. Et à présent elles sont là de nouveau, me narguant de leurs pétales, fières et magnifiques, telles des dames trop biens pour nous. Elles n'ont pas de couleur. Pourtant j'ai l'impression de les retrouver telles qu'elle étaient auparavant. A la fois jaunes, à la fois rouges, à la fois roses. Indécises, imprécises.
Nous aussi.
Nous sommes indécis et imprécis.

Il tourne son regard vers moi et j'ai cette sensation, comme si je savais ce qu'il fallait faire désormais. Ses bras autour de moi me donnent envie de pleurer et de rire. Mes bras autour de lui me donnent envie de ne plus le lâcher. Il a cette odeur tiède dans le creux du cou qu'il avait déjà quand nous étions gamins. Oui ça doit être ça. Cette sensation. C'est comme si j'étais de retour à la maison.

« On a tous peur de quelque chose Gaby. Je suis revenu la dernière fois et je me suis juré quelque chose. Je ne repartirai pas. »

Je voudrais le croire. Oh bon sang j'ai tellement envie de le croire. Tomber dans le panneau, me faire avoir encore une fois, être pour toujours la victime de cette farce sans fin. Je voudrais pouvoir me persuader qu'en effet, il ne me laissera jamais, que je me suis fait des idées. Je voudrais être la numéro un. J'ai peur qu'il ne m'aime plus je crois. J'ai peur qu'il comprenne que je ne suis qu'une conne grosse et moche, avec un mauvais caractère et un esprit étroit. J'ai toujours eu peur, d'ailleurs. Peur qu'il réalise.
Noah m'a toujours paru trop bien pour moi.
Même si je ne cesse de le charrier, de lui balancer que ce n'est qu'un minus, un futur raté, que ses photos sont moches et que les profs ont été payés pour qu'il ait ces notes, c'est évident que je n'en pense pas un mot. Même si je joue la grande, l'aînée qui surveille son petit frère et qui doit s'en occuper, il est clair que c'est l'inverse. Face à lui, je me sens minuscule ; infime particule. Je le dépasse d'une demi-tête. Il me dépasse d'un demi-siècle.

« J'veux pas que tu l'aimes. Ça m'énerve. »

Je grommelle, le nez enfoncé dans sa veste, comme une gamine à qui on aurait retiré un jouet. J'aime être forte devant tout le monde. J'aime me tenir droite et leur faire croire à tous, à tous, à tous, que je me sens jeune et jolie. J'aime l'idée qu'on puisse me penser sûre de moi. Mais devant Noah, c'est différent. Devant Noah, je peux me permettre, des fois. Je peux me permettre de ne plus avoir trente ans mais simplement seize et des poussières. Surtout quand son regard ne scrute pas le mien comme maintenant ; surtout dans ces instants où je me sens incroyablement en sécurité et où la fin du monde pourrait arriver que je n'en aurais rien à foutre.

« Avant t'étais juste à moi. Mon petit frère et j'devais pas te partager. C'est nul. »

Je pose ma joue sur son épaule ; et c'est doux, son manteau.
Oh.
Je les vois de travers maintenant.
Les fleurs.

« Nul nul nul. »

Indéniablement, telles que je voudrais être.
Jeunes et jolies.
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Noah J. Evans
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Lun 16 Déc - 18:19

Don't say it's over;

Tu aimerais que tout soit comme avant, que ton innocence revienne te heurter de plein fouet avec ses questions crédules comme un enfant à Noel. Le temps passe, l’eau coule, l’équation de ta vie s’allonge un peu plus à chaque instant ajoutant son lot de complexité au tableau.  Il n’est jamais trop tard pour revenir un arrière disait ta mère, il n’est jamais trop tôt pour avancer disait ton père. Le temps es incontournable, indétournable. Il ne semble pas vouloir te laisser la moindre minute de répit. Il voudrait te voir grandir un peu plus vite encore, toujours plus. Il ne peut se permettre de te donner cet arrêt sur image que tu désires. Tu peux toujours courir, courir loin, le devancer, espérer, mais rien n’y changera. Rien. Tu es coincé, comme une frêle petite mouche dans une gigantesque toile d’araignée. Tu peux prendre des raccourcis, autant que tu veux, tu reviendras toujours à ta place. Insouciant, inflexible, il ne te fera pas de cadeau. Comme à tous. L’enfant que tu étais serait-il fier de toi s’il te voyait là, maintenant, le cœur aussi tendre qu’un chocolat au lait du calendrier de l’avant ? Tes paroles ont un goût d’amertume, alors pourquoi, pourquoi cette satisfaction dans ton esprit ? Tu le sais au fond de toi.

Elle est dans tes bras. Son corps collé au tien comme deux amoureux endoloris par le froid. Et tu te sens en sécurité, rien ne peut t’arriver. Le monde pourrait exploser, pourrait s’envoler, pourrait disparaître, vous seriez tous les deux. Impossible d’imaginer autre chose. Des rafales pourraient souffler, dévaster l’école, s’acharner contre vous, tu es là, elle est ici, vous êtes ensemble. Gaby c’est comme une petite pommade qu’on met sur ses plaies après être tombé. Elle ne se rend surement pas compte à quel point elle est importante pour toi. Et tu n’es surement pas conscient d’à quel point tu es celui qui l’aide à survivre parmi les autres. Elle peut toujours te dire que tu es un nul, elle peut toujours vouloir te faire croire tout ce qu’elle veut, Gabrielle c’est une partie de toi. Une extension vivante de ton âme. La partie la plus vivante peut-être, celle qui ose dire ce qu’elle pense. Cette petite mélodie qui résonne à tout instant dans ta tête, qui te permet d’avancer alors que tout te parait si obscur. Tout simplement.

« J'veux pas que tu l'aimes. Ça m'énerve. »

Haha. Tu penses la même chose. Enfin, non, mais presque. Aimer, ça t’énerve tout autant. Parce que c’est compliqué de déchiffrer les signes, ce n’est pas évident de montrer que tu t’attaches à une personne qui fait tout pour t’éviter et être meilleure que toi. Toi aussi tu aurais préféré ne rien ressentir pour Lula, tu aurais de loin choisis l’option ignorance plutôt que celle du sentiment de souffrance qu’est d’avoir des sentiments amoureux pour une fille. Oui, voilà. Une incroyable souffrance pourtant tellement magique. C’est un flot d’adrénaline qui t’envahit à chaque fois que tu vas la voir, tes jambes tremblent rien qu’à l’idée de savoir que tu vas la croiser. Alors qu’elle te fasse souffrir plus tard, tu t’en moques vu que la douleur est effacée par tous ces petits détails qui rendent la chose magique. Et Gaby voudrait utiliser ce point faible pour t’éloigner d’elle. Mais tu l’as piégé. Elle s’est enfin confiée. Et tu es fier de ton coup petit, t’es heureux de savoir que les disputes ne mènent à rien et surtout tu es content. Oui. Tu es content. Parce que tu es toujours son numéro un. Comme depuis ce jour où tu as croisé ces yeux verts perdus dans la grande cours de récréation.

« Avant t'étais juste à moi. Mon petit frère et j'devais pas te partager. C'est nul. Nul nul nul. »

A ces mots, tu rigoles. C’est plus fort que toi, vraiment. C’est juste d’un surréalisme à toute épreuve par rapport à tout ce qui se passe entre vous. Qu’elle bougonne comme ça dans tes bras et qu’elle t’avoue enfin la vérité, cette vérité. Voilà. Tu rigoles. Pas méchamment. Non, tu ne veux pas la blesser. Sa tête sur ton épaule, ses cheveux chatouillent tes narines. Abricot. Ils ont une douce odeur d’abricot. Et un peu de pomme aussi. Un léger effluve. Des flocons sont emmêlés dans ses cheveux et tu dégages ta main droite pour lui enlever délicatement. Ses mèches fines glissent sous tes doigts tandis qu’un à un les petits cristaux blancs partent. Dans quelques minutes il y en aura d’autres mais ce n’est pas grave.  

« T’es vraiment trop mignonne Gaby, qui aurait cru que tu as un cœur en chamallow sous cette carapace ?! Là tu m’étonnes. Mais t’es adorable. »

Elle va se vexer, c’est presque certain. Tu la cherches, tu la provoques. Et ça te fait rire. Mais elle s’en remettra parce qu’elle est forte Gaby. Tu le sais, tu l’as toujours su. Tu desserres l’étreinte et à quatre pattes dans la neige, rampes jusqu’au manteau que tu reposes sur ses épaules sensibles.

« Tu sais que tu ressembles à un enfant à la garderie qui ne veut pas prêter son jouet ? Genre, c’est ça je suis un jouet ? Hum… Un super jouet alors !! Je sais, je suis la figurine Batman !!! Alala, je comprends pourquoi tu ne veux pas me partager, je suis tellement génial !! »

Et tu te prends un coup. Dans le mille, elle réagit. Et c’est un large sourire que tu lui adresses tout en t’éloignant peu à peu d’elle. Mouvement par mouvement. La discrétion c’est pas ton truc. Surtout que tu sais qu’elle ne va pas aimer la suite. Enfin pas totalement.

« Tu m’excuses une petite minute ? »

Et tu la laisses là, en plan, assise contre un mur pendant que tu longes l’autre pan du bloc gris. Tu l’entends se lever et tu en viens à espérer qu’elle mette les manches du manteau. Elle aura froid sinon. De toute façon, ça passe ou ça casse, t’en es tout à fait conscient. Mais bordel, t’es jeune et il faut s’avoir s’amuser dans la vie. Il faut oublier les disputes, il faut oublier où tu es. Tes mains derrière le dos, tu réapparais dans le champs de vision de la demoiselle.

SPAAAAAAAAAAAF.

La boule blanche s’est écrasée contre l’épaule de la jeune fille. Bien visé gamin ! Souris et prépares tes munitions. Car vu la tête qu’elle tire, le combat sera rude. Un coup de grâce ?

« Hé Gaby. Au fait. Et toi, tes histoires de cœur ? J’ai cru remarquer un sérieux concurrent dans notre section. Richmond je crois. Alors, tu m’expliques ? »
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Gabrielle E. Larsen
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Lun 23 Déc - 10:38

Problems all left alone;

Il se met à rire, et c'est comme si ma bulle rose bonbon éclatait d'un coup. Mes rêveries s'envolent. Je reviens à la réalité. Je suis en train de serrer Noah dans mes bras en lui avouant que je ne veux pas qu'il m'abandonne pour une autre parce que c'est mon petit frère à moi et à personne d'autre. Juste. La honte suprême je crois. Qu'est-ce qui m'a pris de sortir une chose pareille bon sang ?
Alors je reste ma tête collée sur son épaule, pour ne pas avoir à affronter son regard et pour ne pas qu'il voit mon visage rougir. Quoique, je pourrais toujours dire que c'est le froid; je suis gelée et j'ai un don pour me trouver des excuses à tout bout de champ.

« T’es vraiment trop mignonne Gaby, qui aurait cru que tu as un cœur en chamallow sous cette carapace ?! Là tu m’étonnes. Mais t’es adorable. »

Il se moque de moi. Je sais qu'il se moque de moi, et en temps normal ça m'aurait probablement fait bondir de rage. Mais là j'ai juste envie de sourire. Un sourire niais et idiot. C'est toujours ainsi quand on se dispute avec son frère ou sa soeur. D'abord on s'insulte, on se traite de tous les noms, on s'envoie des regards noirs et des gestes cruels. Et puis on finit par en rire. Parce que c'est ridicule de se battre, quand on sait qu'on s'aime autant.
Tout simplement.
Il repose son manteau sur mes épaules; j'enfile les manches sans hésiter cette fois. La guerre est finie. On peut reposer les armes. Du moins c'est ce que je crois.

« Tu sais que tu ressembles à un enfant à la garderie qui ne veut pas prêter son jouet ? Genre, c’est ça je suis un jouet ? Hum… Un super jouet alors !! Je sais, je suis la figurine Batman !!! Alala, je comprends pourquoi tu ne veux pas me partager, je suis tellement génial !! »

Jusqu'à ce que ma main parte lui foutre la claque de sa vie sur le dos de la tête. C'est peut-être la fin de la guerre, mais il faut pas déconner, je ne compte pas le laisser se foutre de ma gueule jusqu'à la fin de mes jours ! Et en plus ça le fait rire. Il s'éloigne de moi en pensant que je ne sais absolument pas ce qu'il prépare, mais si vous voulez mon avis, il me sous-estime grandement ! Je suis Gabrielle Electra Larsen, experte es en démolissage de vie, alors les coups fourrés et autres blagues pas drôles de Monsieur Noah James Evans, je peux vous dire que ça ne me fait pas peur. Délicatement, du bout de mes doigts glacés, je récupère des bribes de neige jusqu'à former un amalgame plus ou moins rond; et puis je me lève péniblement, mon arme gelant progressivement au creux de mes mains. Voilà. Je suis prête. Qu'il vienne donc, ce petit frère indig-

« Hé Gaby. Au fait. Et toi, tes histoires de cœur ? J’ai cru remarquer un sérieux concurrent dans notre section. Richmond je crois. Alors, tu m’expliques ? »

Il.
Il m'a eue.
La boule de neige s'est écrasée dans un bruit mou sur mon épaule.
J'en ai lâché ma munition de surprise.
Et en plus il est au courant pour Adam. Ou alors il fait comme s'il était au courant parce qu'il a vu qu'il m'embêtait tout le temps. Mais il ne peut pas savoir, à moins qu'il ait des yeux derrière la tête et des oreilles sur tous les murs. Bien sûr. Alors il s'amuse juste.
Voyez vous ça.
Je lève lentement mes yeux verts boueux dans sa direction, je sens un de mes sourcils se soulever d'une façon presque comique.

« Tiens donc. Tu veux jouer à ce petit jeu là avec moi. Bon. »

C'est ici que j'utilise donc ma botte secrète, celle qui m'a permis de gagner un certain nombre de bataille de boules de neige en primaire – quoiqu'à partir de la troisième année je ne jouais déjà plus. Soit je me mets à courir en criant et en gesticulant vers Noah, jusqu'à sauter sur son dos et le faire basculer dans le tas de neige probablement amassé par le gardien dans un espoir futile de déneiger l'endroit. Ensuite le but est de le couvrir de neige et de lui en foutre plein les cheveux et le manteau jusqu'à ce que mort s'en suive ; très facile !

« Adam n'est qu'un... petit con... comme toi... »

Le seul problème, c'est qu'il se débat tellement que j'ai bien du mal à terminer ma mission. Je me demande s'il m'aurait laissé quelque chose en héritage s'il avait fallu qu'il meurt ? Peut-être pas. Il aurait sans doute laissé toute sa fortune à Lula. Et moi il serait venu me hanter jusqu'à la fin de mes jours pour vérifier que je n'aille pas assassiner sa douce dans son sommeil afin de récupérer l'argent et d'assouvir un besoin personnel.
Mon Dieu.
La flippe.
Dans un petit cri je tombe sur le côté, vaincue par un coup de bras en plein ventre de mon cher petit frère ; celui-ci ressemblant actuellement plus à un père noël tombé de son traîneau qu'à un charmant jeune homme de quinze ans. Un rire entrecoupé de toussotements secoue ma poitrine.

« Vous vous entendriez très bien je crois ! »

Je me sens tellement idiote. Tellement idiote et tellement heureuse. Parce que je comprends maintenant qu'il était inutile de m’inquiéter et qu'il est inutile que je m'inquiète pour le restant de mon existence. Nous sommes Gabrielle et Noah. Les deux imbéciles sur le toit. Le frère et la sœur avec une case en moins.
Jusqu'à la mort, promis juré craché par terre.
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Noah J. Evans
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Ven 27 Déc - 9:27

It's a beautiful night;


Elle semble se pétrifier immédiatement à l'entente de tes propos. Tu as donc tapé juste, ce gars n'est pas un simple innocent qui se balade dans la petite vie perturbée de ton amie. A en juger par le regard ô combien surpris et redoutable, c'est une certitude qui t'envahit en une seconde. Les choses changent, les gens grandissent. Ils évoluent peu à peu et essayent d'avancer du mieux qu'ils peuvent pour échapper à leurs démons. Et sans savoir, tu t'engouffres là dans une faille qui varie au quotidien, celle des sentiments amoureux de Gabrielle. Tu l'aimes cette fille, putain, oui, tu l'aimes. Tu sauterais d'un pont pour elle, tu irais attraper les étoiles si elle le voulait. C'est ta soeur, ta véritable soeur, celle qui seras toujours à tes côtés quoi qu'il arrive, celle que tu dois protéger des autres. Et pourtant, tu n'hésites par une seconde pour pénétrer ses faiblesses.

Noah ; 1
Gabrielle ; 0

Les éclairs qu'elle te lance à présent te permettent de ressentir à quel point tu vas morfler. En fait, tu n'en savais rien pour Adam. Tu avais juste dit ce nom un peu au hasard. Pas totalement car tu les avait vu ensemble à plusieurs reprises. Tu avais vu le regard du garçon, tu savais qu'il y a quelque chose. Mais pour toi ce n'était rien, juste quelqu'un comme ça. Maintenant tu es sur de toi et il est hors de question qu'elle y échappe. Tout le monde peut trouver son complément, tu l'as découvert récemment. Alors pourquoi pas elle, hein, pourquoi pas Gaby ? Gabrielle, elle en a besoin plus que quiconque. Tu te souviens de ces rires, de ces rêves, de ces paroles en l'air "Moi je trouverai un prince tu verras". Et tu te disais qu'elle avait surement raison.

« Tiens donc. Tu veux jouer à ce petit jeu-là avec moi. Bon. »

Jouer ? Oulà. Non. Mauvais plan. Trop tard. Elle n'a plus 9 ans et pourtant, en un instant tu as l'impression qu'une rafale t'emmène des années avec une sorte de folle qui agite les bras sous tes yeux, se rapprochant un peu plus, encore. Pour finir par la voir sous tes yeux prendre appuie et te sauter dessus et t'emporter dans son élan. En même temps tu n'es pas d'une grande résistance. Heureusement que le tas de neige est là pour amortir ta chute car il n'est franchement pas agréable de se retrouver plaqué au sol sur du béton brut.
Un sentiment froid envahit ton cou. La fourbe. La traîtresse. Soit tu l'avais provoqué, mais de là... Brrr, c'est froid. Un frisson te traverse l'épiderme. Bordel, c'est glacé même. Alors tes bras s'agitent à leur tour dans tous les sens pour tenter vainement de la dégager. Elle s'est finalement assise sur ton abdomen et te refourgue un maximum de neige sous le pull. Encore un coup à être malade ça. Fais chier.

« Adam n'est qu'un... petit con... comme toi... »

Oh. Rien que ça. Un petit con. Pourquoi pas oui, c'est en partie vrai. La curiosité te pique de plus en plus. Ce gars doit vraiment avoir un truc pour passer au rang de petit con si rapidement. Il y a un mois, elle ne jurait que par Jason. Jason Marshall est vraiment beau, Jason est classe, Jason il est gentille. Jason a lui tout seul possédait une grande partie des qualités humaines. C'était incroyable de voir à quelle point elle pouvait passer des heures à le décrire. Forcément ça te fais sourire. D'une part tu n'auras plus à supporter le sourire arrogant de Marshall avec Gabrielle, mais elle va enfin pouvoir s'en décoller. Tu continues à te débattre et involontairement lui enfonces ton coude dans son ventre.
Petit cri, elle tombe sur le côté.
Tu te mords la lèvre de peur qu'elle ait quelque chose. Mais non, elle ne semble pas avoir mal. Soupire. C'est même un rire entrecoupé de toussotements qui sort de sa bouche. Un rire clair, joyeux. Non forcé, comme tu l'aimes. Pfff, tu n'oses même pas imaginer à quoi tu ressembles. Un petit bonhomme de neige probablement, tout blanc avec ton nez qui ressort. Ha ha. Mais tu ne vas pas lui retourner la pareille, tu es trop gentil. Alala p'tit Noah, tu l'aimes vraiment ta Gaby.

« Vous vous entendriez très bien je crois ! »

Tu le connais vite fait Richmond. Un blond qui se balade dans les couloirs avec un air narquois, le sourire aux lèvres, persuadé que rien ne pourra lui arriver. Oh tu n'es pas jaloux, loin de là, tu ne comprends juste pas comment il est possible que tu puisses avoir la moindre ressemblance avec ce gars et pourquoi vous pourriez bien vous entendre. Tu pourrais aller le voir ce soir. Après tout, vous êtes du même dortoir et vos chambres ne sont pas si loin. Après tout tu es le préfet, il doit t'ouvrir la porte car tu as l'autorité. Mais ça serait de l'abus de pouvoir et tu n'es pas comme ça. Savoir que quelqu'un d'autre est entré dans la vie de Gabrielle te ferait plutôt plaisir en fait. Une douce chaleur dans l'estomac, un sourire flottant aux lèvres. Oui c'est ça, tu es content.
Content d'être avec elle sur ce toit, content de pouvoir te dire que son attention sera accaparée par quelqu'un autre et que tu pourras sortir librement avec Lula. Content de savoir qu'elle ne te quittera pourtant jamais. Du moins ça tu l'espères.
Vous êtes tous les deux allongés sur le dos, face aux nuages, face aux flocons qui se déposent délicatement sur vos cils. Face à l'infini du futur. Tu reprends ton souffle, elle reprend ses esprits. Un sursaut de rire te prend lorsque tu la revois te bondir dessus en mode "MANGEEEEEEEEER" comme si tu étais un pot de nutella géant. Tu réussis à trouver la force de te bouger et peu et bascule vers elle sur le côté, t'appuyant sur ton bras droit pour rester en équilibre.

« Je dois être jaloux ? C'est que moi non plus je n'ai pas envie de partager ma petite grande sœur. »

Et tu retombes sur le sol en te laissant emporter par ton poids. Tu te contentes juste de tourner la tête. Tes yeux bleus vont à la recherche de ceux de Gabrielle. Ses mèches s'enfoncent dans la couche blanche autour de vous. Tes doigts vont à la rencontre de ceux de ton amie. Ils s'entrelacent une fois trouvés et tu aimerais ne jamais les quitter.

« Ta mère t'a déjà expliqué comment elle a rencontré mon père ? Je me doute que non, elle n'était pas très avare sur le sujet. Ils étaient dans un parc, elle dormait sur un banc. Mon père qui passait par là a été intrigué, il s'est rapproché d'elle et a attendu qu’elle ouvre les yeux. Quand ce fut le cas et que leurs regards se croisèrent, il paraît qu’il a tout de suite aimé ces yeux noisette mordoré. Et tu sais ce qu’il lui a sorti ce boulet national ? Je cite, avec l'intonation de mon père, "Mais que fait donc une si jolie demoiselle, ici, dormant telle une princesse sur un banc ? Chose qui d’ailleurs, ne doit pas être très confortable. Sachez, chère mademoiselle, que votre prince charmant est arrivé, mais à mon grand malheur vous vous êtes réveillée avant même que je ne puisse vous éveiller à la manière d’un héros. Quel dommage. Néanmoins vous aurez eu l’honneur d’ouvrir les yeux devant le plus beau, le plus innocent, le plus mignon, le plus agréable des garçons de l’île. N’est-ce pas une chance si incroyable ? Mais bien sûr que si ! Regardez, regardez mes cheveux si délicats, mon sourire finement réalisé, mes yeux d’un bleu pur. Allons, souriez mademoiselle, je ne vous veux aucun mal. Depuis quand les princes font-ils mal à leur princesse ?". J’ai appris la réplique par cœur tellement c’est d’un ridicule. Et tu sais ce qu’elle a répondu ? "Imbécile, les garçons narcissiques et pathétiques dans ton genre n’ont rien à voir avec les ténèbres que ma tête abrite." On sent que tu as hérité de son amabilité, sans vouloir te vexer. Et ils ont discuté. Ils se sont rapprochés au cours du temps, il a réussi à abattre ses barrières une à une. Ils sont sortis ensemble, ils ont fait les 400 coups quand ils pouvaient. Mon père m’a dit qu’il était fou d’elle. Il avait mis de côté son penchant pour la drague démesurée. Pour elle il aura fait n’importe quoi. Et c’est elle qui l’a quitté en fait. Du moins, elle s’est éloignée brutalement. Longtemps. Alors mon père a officiellement déclaré la fin de leur relation. Il n’a jamais eu d’explications. Puis quelques années après il a rencontré ma mère. Et quelques années encore après on s’est rencontré. »

Gabrielle ne disait pas un mot. Silencieuse comme le soleil du matin, immobile comme ces vieux troncs d’arbres de forêt qui ne bougent plus depuis des siècles. Tu reprends ta respiration car il fait froid et tu viens quand même de te faire un petit monologue. Que tu t’apprêtes à poursuivre.  Tu te redresses de nouveau sur le côté afin de bien voir la réaction de ton amie.

« Tu sais Gabrielle, tu as toujours voulu grandir trop vite. Je le sais, je te connais mieux que quiconque. Je défie n’importe qui sur cette terre de te connaître mieux que moi. Aujourd’hui regarde qui tu es devenue. Tu es quelqu’un de génial Gab’, il faut que tu le réalises. Tu n’es pas Aria, tu ne seras jamais comme ta mère. Je te le promets. Regarde-moi Gaby, et écoute. Arrête de te refermer, arrête de prendre sur toi.  Ne cache pas ta peur, ne cache pas qui tu es vraiment. Et surtout, ne cache pas tes sentiments. Ne proteste pas, tu l’as toujours fait. Maintenant ça suffit. Tout le monde a le droit à l’amour Gabrielle. Tout le monde. Même toi. C’est vrai que c’est effrayant. Et que ce soit avec Jason, un autre gars ou même ce Adam. Laisse toi aimer Gaby, la vie est tellement plus belle dans ce cas. J’espère qu’un jour tu rencontreras un gars qui te connaitra et t’aimera encore plus que moi en cet instant. Promets-moi d’essayer. Non, même de m’obéir. »

Tu te penches légèrement vers elle, ramenant ton bras gauche. Ton petit doigt tendu devant elle, tu attends qu’elle le serre avec le sien. Une promesse éternelle.

« Promets. »
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Gabrielle E. Larsen
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MessageSujet: Re: so give me a reason || Gaby   Ven 3 Jan - 21:44

We were still so young, wasn’t certain of anything ;

Il fait froid.
Il y a de la neige sur moi, de la neige sur lui, de la neige partout dans nos cheveux et nos cils et sur nos joues aussi. Je me sens étrange. Je me sens comme si j'avais encore sept ans et que nous étions dans le jardin de Noah, à attendre les muffins sortant du four de sa mère et à rêver de la vie comme de la plus grande aventure possible. Il se met à rire à côté de moi, et je repense aux fois où on mangeait des carambars et où on se lisait les blagues débiles au dos des papiers. Je disais toujours que ces blagues débiles étaient débiles. Mais en fait, ça me faisait rire quand même. On riait tous les deux en se demandant le mois préféré des poissons et le nom de la femme du cochon d'Inde. On riait en se traitant mutuellement d'attardés. Ou alors on se regardait dans les yeux et le but c'était d'être le dernier à rire ; sinon on se faisait taper. Peut-être qu'on était bêtes, au fond.
Peut-être qu'on l'est toujours.

« Je dois être jaloux ? C'est que moi non plus je n'ai pas envie de partager ma petite grande sœur. »

Je souris sans répondre. J'ai pas envie de parler. Si je recommence à parler, je vais recommencer à réfléchir et je vais recommencer à avoir seize, vingt, trente ans. Je voudrais rester éternellement une gamine comme ça. Je voudrais avoir toute ma vie sept ans, sur ce toit, avec Noah. Laisser la vie nous emporter. Garder sa main dans la mienne et oublier le reste. Il me regarde droit dans les yeux et je me demande si c'est encore un jeu. Mais non. Au lieu de ça il se met à me raconter une histoire. Une histoire comme m'en inventait ma mère parfois. Quand elle allait encore presque bien. Quand elle se donnait encore la peine de se tenir debout. Elle me demandait ce que je voulais voir, et puis elle se mettait à dessiner ; et ses dessins qui s'animaient sous mes yeux je m'en rappellerai toute ma vie je crois. Ça me rendait toujours fébrile. J'en voulais toujours plus. Encore, Maman, encore une histoire s'il te plaît !
Mais maintenant c'est fini.
Maintenant c'est Noah qui raconte, Noah qui dessine, qui peint les portraits d'une femme qu'il prétend être ma mère et d'un homme qu'il présente comme son père. Il connaît les répliques par cœur et me les cite avec une intonation presque comique tant elle est proche de la réalité. Pourtant je ne ris pas. J'écoute. J'écoute l'histoire d'une étrangère. J'écoute comme elle a été aimée. J'écoute l'improbable, j'écoute l'impossible. Et si c'était vrai ? Elle m'avait racontée qu'elle était sortie avec monsieur Evans, bien sûr, c'était un de nos sujets de plaisanterie le plus courant avec Noah : comment ma mère et son père avaient pu finir dans le même pieu ? On s'imaginait des trucs idiots et ça nous faisait rire à n'en plus pouvoir. Mais je pensais que ce n'était pas sérieux, tout ça. Que ça n'avait duré qu'une semaine, un mois tout au plus. Une plaisanterie.
Je ne pensais pas que quelqu'un avait pu aimer ma mère.
Moi je ne l'aime pas et elle elle ne m'aime pas.
Ce serait tellement injuste. Qu'elle ait été aimée et qu'elle ait aimé un homme sans être capable de me donner cet amour ensuite.

« Tu sais Gabrielle, tu as toujours voulu grandir trop vite. Je le sais, je te connais mieux que quiconque. Je défie n’importe qui sur cette terre de te connaître mieux que moi. Aujourd’hui regarde qui tu es devenue. Tu es quelqu’un de génial Gab’, il faut que tu le réalises. Tu n’es pas Aria, tu ne seras jamais comme ta mère. Je te le promets. Regarde-moi Gaby, et écoute. Arrête de te refermer, arrête de prendre sur toi.  Ne cache pas ta peur, ne cache pas qui tu es vraiment. Et surtout, ne cache pas tes sentiments. Ne proteste pas, tu l’as toujours fait. Maintenant ça suffit. Tout le monde a le droit à l’amour Gabrielle. Tout le monde. Même toi. C’est vrai que c’est effrayant. Et que ce soit avec Jason, un autre gars ou même ce Adam. Laisse toi aimer Gaby, la vie est tellement plus belle dans ce cas. J’espère qu’un jour tu rencontreras un gars qui te connaitra et t’aimera encore plus que moi en cet instant. Promets-moi d’essayer. Non, même de m’obéir. »

Je déteste quand il prend son air sérieux et qu'il me regarde comme ça. Je déteste ces moments où il est si gentil que c'en est effrayant. Je déteste lorsqu'il m'oblige à fixer tout ce qui me dérange dans la vie comme si c'était aussi simple que ça. Je déteste lorsqu'il me dit des choses qu'il serait tellement agréable de croire, mais que je suis incapable de prendre au sérieux. Je sais qui je suis. Je sais qui est ma mère. Je sais que nous sommes différentes. Mais qui sait si je ne vais pas devenir comme elle ? Si je change. Si je me laisse aimer, comme il dit. Si je me laisse aimer par Adam. Quelle blague, au fond. Qu'est-ce que je vais devenir ? J'ai peut-être fait une erreur, j'ai peut-être été trop loin. Imaginez que je m'attache à cet imbécile ? Il finira par me quitter, c'est obligé, il quitte toutes ses copines les unes après les autres sans distinction ! Alors ça me rendra triste. Peut-être. Et alors je lui ressemblerai. À elle.

« Promets. »

Noah. Noah je ne peux pas promettre. Pourquoi tu me demandes de promettre ? Faire une promesse c'est. C'est s'enfermer. C'est dire qu'on va faire une chose et pas une autre, suivre un chemin et ne pas pouvoir dériver. Ne pas avoir le droit de retourner en arrière si on s'est trompé. Moi je déteste être bloquée. Je veux pouvoir avoir une sortie de secours si jamais quelque chose se passe mal. C'est toujours comme ça ; je prévois un plan A, mais aussi un plan B, C et D. Je suis très organisée dans ma lâcheté.
Oh Noah. Noah. Noah. Je t'aime tellement. Ne me regarde pas comme ça. Ça me rend tellement dingue.
Je serre son petit doigt avec le mien.

« C'est une demi-promesse. »

Voilà, je ne peux pas faire plus. Je me relève péniblement puis l'aide à en faire de même. Si on reste là une seconde de plus, je sens que je vais finir absolument gelée ! Et puis je n'ai pas envie de continuer cette discussion, elle m'embête. Elle me rappelle que je suis une grande fille maintenant. Une grande fille qui va devoir réfléchir et vivre et peut-être même ressentir des choses incontrôlables qu'elle voudrait contrôler. Vraiment. Elle me fait peur cette discussion.

« On rentre ? On pourrait regarder un film. »

Oui, regardons un film, Noah.
Et ensemble, en souriant, ne pensons plus à rien.
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so give me a reason || Gaby

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